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Pourquoi la Chine ne renoncera jamais au Xinjiang

La région autonome du Xinjiang est en feu depuis plusieurs jours, la population à majorité musulmane se révoltant contre l’oppréssante tutelle chinoise.

Les occidentaux ont beau jeu de verser des larmes de crocodile, ils savent pertinement que le gouvernement chinois restera inflexible quand bien même faudrait-il massacrer tous les habitants de la province.

En dehors des légitimes motivations relatives à l’integrité nationale (ce ne sont ni les Russes, ni les Espagnols, ni même les Francais qui pourront leur faire la lecon), la région du Xinjiang est hautement stratégique pour la Chine sur trois points essentiels qu’il faut bien comprendre pour saisir la situation: les richesses minières du Xinjiang, sa position géo-stratégique, et enfin des installations nucléaires ultra-secrètes.

 

Les ressources minières

Le Xinjiang est devenue l’an dernier la seconde région productrice de pétrole du pays, avec 27,4 millions de tonnes de brut par an, soit un million de tonnes de plus qu’en 2007. Elle assure près de 14% de la production domestique nationale.

Sinopec, premier raffineur d’Asie, compte doubler sa production en passant de 5,36 millions de tonnes en 2007 à 10 millions de tonnes, en 2010.

Le Xinjiang fournit également un tiers de la production nationale en gaz naturel, avec 24,1 milliards de mètres cube par an. PetroChina, numéro un chinois de l’énergie, entend doubler ce chiffre d’ici à 2020, pour notamment l’acheminer jusqu’à Shanghai grâce au premier gazoduc traversant le pays, construit en 2005.

Première productrice de charbon de la République de Chine, le Xinjiang concentre 40% des réserves nationales.

En février 2008, des géologues ont trouvé le plus grand gisement d’uranium du pays (10.000 tonnes), dans le bassin de Yili. «Une ressource majeure étant donné les besoins énergétiques de la Chine», explique Thierry Kellner, chercheur associé au Centre d’études de Chine contemporaine de Bruxelles.

Jusqu’aux années 90, ces ressources étaient encore peu exploitées, à cause de l’éloignement de la région et du manque d’infrastructures. «Le Xinjiang est en quelque sorte l’équivalent du far west américain, comme une succursale de développement économique de la Chine», résume Pierre Picquart, docteur en géopolitique et spécialiste de la Chine. «Après avoir développé les zones côtières, Pékin veut développer les zones reculées, ce qui est un pari politique», ajoute l’expert.

Le régime chinois en a par ailleurs fait une région très riche en énergies renouvelables : un cinquième de l’éolien est produit dans les parcs de Dabancheng.

Le Xinjiang recèle également pas moins de 138 sortes de minerais, selon les chiffres officiels. On y trouve ainsi cuivre, plomb, zinc, mais aussi de nombreux métaux précieux (or, argent).

 

Une zone géographiquement stratégique

Frontalière de l’Afghanistan et des ex-républiques musulmanes de l’ex-URSS – le Kazakhstan, le Tadjikistan, et le Kirghizstan -, le Xinjiang se trouve au carrefour des routes des hydrocarbures.

Avec la construction de l’oléoduc sino-kazakh qui relie Atasu (centre du Kazakhstan), à Alashankou (à l’ouest de la Chine), en 2007, Pékin a réussi à renforcer son indépendance énergétique vis-à-vis du pétrole moyen-oriental. Et une fois la construction du dernier tronçon achevée, les Chinois seront assurés d’un accès stratégique à la mer Caspienne.

Autre très grand projet : le gazoduc, reliant le Xinjiang aux champs gaziers turkmènes, au Kazakhstan et peut-être même à l’Ouzbékistan, qui devrait être opérationnel d’ici à 2010. Du fait de cette position stratégique, le Xinjiang est devenu une grande zone de raffinage d’industrie pétrochimique.

Mais l’ancien Turkestan oriental sert également à la Chine sur le plan géostratégique. «Historiquement, le Xinjiang a plutôt été une zone tampon, notamment au moment du schisme sino-soviétique. Mais aujourd’hui, ce rôle s’est inversé de manière à devenir un pont, pour permettre à Pékin de projeter son influence économique et politique vers les régions adjacentes, en Asie du Sud, en Asie du Sud-Est et au-delà vers le Moyen-Orient, et rattraper la Russie en influence», ajoute Thierry Kellner.

«Grâce au Xinjiang, la Chine vise à terme à établir une liaison avec l’Iran, dont elle est le principal partenaire commercial (en 2008, elle a représenté 14.3% des exportations vers l’Iran et ses importations en provenance de la République islamique ont atteint 14.4%)», explique le spécialiste.

 

Un complexe nucléaire ultra-secret

Enfin, la zone abrite le site d’essais nucléaires de Lop-Nor, le plus grand au monde (100.000 km2). C’est là qu’une quarantaine d’essais atomiques ont eu lieu de 1964 jusqu’au moratoire de 1996. Le régime y réalise toujours des essais balistiques, voire bactériologiques, selon certains experts.

Le Xinjiang dispose enfin d’une sorte de ville secrète, Malan, qui abrite un institut de recherche en physique nucléaire et qui aurait été utilisé comme une base nucléaire cachée.

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Catégories :Chine, Petrole, Politique Étiquettes : , , , ,
  1. 22/03/2010 à 18:04

    J’aime beaucoup ce post, je visiterai ce blog a nouveau !

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