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Libye : Sarkozy et le sens de la realpolitik

Certains peuvent s’en offusquer, mais Nicolas Sarkozy a fait preuve d’un sens des réalités politiques indéniables dans sa gestion du cas Kadhafi. Critiqué pour avoir reçu le Guide en grande pompe quand on le croyait indéboulonnable, il n’a pas hésité à lancer une opération militaire pour le déloger à la première fenêtre de tir.

Si Mouammar Kadhafi ressemble aujourd’hui à un vieux satyre fatigué, il ne faut pas oublier que le colonel a été des décennies durant le grand argentier du terrorisme international, et que s’il a beaucoup de sang libyen sur les mains, il a aussi tué des Français. Si son pétrole et son influence en Afrique noire le rendait incontournable, il faut saluer la décision de la France de s’en débarrasser à la première occasion.

Il y a toujours deux attitudes en cas d’intervention étrangère de l’armée française dans un but humanitaire : saluer le courage du choix politique ou se demander pourquoi là et maintenant alors que les occasions de s’indigner ne manquent pas à travers le monde. Les raisons morales ne manquent pas lorsqu’il s’agit d’arrêter la folie meurtrière de Kadhafi.

Mais les raisons morales ne suffisent pas toujours. Et si certains pourront parler de cynisme, le choix de Nicolas Sarkozy de prendre le leadership international ressemble à un coup de génie de realpolitik : avec en arrière fond un accès privilégié au pétrole libyen. Une voie plus intelligente en tout cas que l’invasion américaine en Irak…

Vers un nouvel âge d’or de l’industrie nucléaire français ?

Et si la catastrophe de Fukushima était une bonne nouvelle pour l’industrie nucléaire française ? Le relèvement prévisible des normes et une sensibilisation accrue aux enjeux de sûreté va rendre beaucoup plus attractif l’EPR, ce réacteur nouvelle génération dont l’avenir commercial semblait justement compromis face à la concurrence de réacteurs moins évolués.

« Trop chères, trop sûres vos centrales« , les représentants d’EDF ou d’Areva n’entendront plus de si tôt leurs interlocuteurs ironiser sur l’obsession française pour la sécurité. L’accident de Fukushima est passé par là et il faudra de sérieuses garanties pour faire revenir vers l’atome des opinions publiques échaudées par la crise nippone.

Si une récession mondiale s’annonce sans doute sur le court-terme pour l’industrie nucléaire, n’ayons pas la naïveté de penser que la fin du nucléaire est proche. Si journalistes et politiques font semblant de croire à un possible abandon de l’atome, les pays (notamment en voie de développement) se remettront à construire des centrales une fois la fièvre médiatique retombée.

Lorsque les feux de l’actualité seront braqués sur un autre désastre ou une nouvelle guerre, le soufflet nucléaire retombera. L’économie mondiale est trop gloutonne en énergie pour se mettre à la diète si subitement.

Face à la raréfaction des ressources pétrolières et l’absence de solutions viables de remplacement (les énergies renouvelables sont encore pour longtemps condamnées à demeurer des énergies d’appoint), il n’existe pas d’alternative au nucléaire… à moins d’une remise en question de notre mode de fonctionnement sociétal qui ne semble pas vraiment à l’ordre du jour.

Dans quelques semaines donc, les acteurs du nucléaire reprendront comme si de rien n’était leur partie de poker géant pour se disputer des contrats à plusieurs milliards d’euros… Sauf qu’entre-temps les industriels français se sont découverts un carré d’as dans leur main !

Henri Proglio, le chef de file officieux de la filière française est d’ailleurs monté au créneau cette semaine pour mettre en avant « l’expertise nucléaire » de son groupe… et proposer au passage d’envoyer du matériel d’intervention à des Japonais qui ne seraient pas à la pointe de la technologie de sûreté nucléaire !

L’Autorité de Sûreté Nucléaire a également fait entendre sa voix en assurant que l’EPR aurait « mieux résisté » à la double catastrophe nucléaire qui a frappé Fukushima.

Alors que l’on moquait jusqu’à récemment l’EPR, qualifié par ses détracteurs de nouveau Concorde ou Rafale (bijoux de la technologie française totalement inadaptés à la demande commerciale), le label « sécurité » made in France est devenu un atout majeur face à la concurrence.

Jusqu’à la catastrophe de Fukushima, l’évolution technologique de l’EPR était totalement à rebourd d’un marhé du nucléaire favorisant de plus en plus une offre « low-cost ». La Corée du Sud et la Chine s’étaient d’ailleurs massivement positionnés sur ce segment au nez et à la barbe d’ndustriels français de plus en plus résignés.

La catastropphe japonaise a sans doute définitivement (ou en tout cas pour longtemps) mis un terme la tentation de faire des économies de bout de chandelle sur le nucléaire. Le souvenir de Tchernobyl, qui s’était effacé au fil des ans, nous est subitement revenu en mémoire et les pro-nucléaires ne peuvent plus banaliser le nucléaire. La fission de l’atome n’est pas un geste anodin et le monde vient de se le voir rappeler de la manière la plus brutale qui soit.

Renault, espionnage… et rôle occulte des officines

Le scandale d’espionnage autour de Renault semble se dégonfler au fil des jours. Le fiasco aura tout de même coûté leur travail à trois personnes sur la foi d’accusations d’une officine privée non-habilitée pour ce type d’enquête et ayant fait preuve d’un amateurisme troublant.

A quoi servent les officines de renseignement privé ? Elles nourrissent depuis longtemps les fantasmes, mais la vérité est sans doute moins glamour que ce que pensent les amateurs de théorie du complot.

Pour les amateurs de films d’espionnage, ces agences de l’ombre tirent toutes les ficelles secrètes de la vie industrielle… En réalité, comme le prouve une fois encore la mascarade Renault , que ces « espions privés » ne sont en réalité que des ratés des forces de renseignement traditionnelles.

Ces détectives privés de luxe accumulent les bourdes, sont stupéfiants d’amateurisme, et inventent des complots ou des crises sur la base d’éléments parcelaires.

Geos, la société recrutée par Renault, a-t-elle cherché à manipuler le constructeur, ou a-t-elle été elle-même manipulé… ou tout du moins s’est-elle lancée dans une enquête foireuse mais grassement payée ?

A la différence des services de police, les officines n’enquêtent que rémunérées. Et elles ont tout intérêt à démontrer à leurs clients les terribles périls qui les menacent… quitte à les inventer ou à romancer des bribes d’éléments.

Renault est allé vite en besogne en se fiant à une telle société pour mettre à pied certains de ses cadres et mettre le sujet sur la place publique.

En cas de soupçons, il eut été beaucoup plus intelligent de faire a priori appel aux services de la DCRI, dont on peut dire ce que l’on veut mais qui sont quand même quelques crans au dessus en matière de contre-espionnage.

A moins que Renault n’ait eu dans cette affaire un agenda caché…

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Henri Proglio : le cerbère du nucléaire français montre les crocs

Entendu par les députés mercredi, le patron d’EDF a piqué une colère pas très protocolaire. D’ordinaire placide, Henri Proglio a défendu bec et ongle « le patrimoine national » d’EDF face au « pillage » annoncé de la concurrence privée.

Henri Proglio n’a certes pas la réputation d’être un tendre, mais le « buldozzer » comme le surnomment ses adversaires, évite d’ordinaire de se répandre publiquement pour défendre sa conception de la politique énergétique.

« Je ne suis pas là pour brader le patrimoine national, je ne suis pas là pour accepter le pillage du patrimoine national », a lâché en guise d’introduction un Henri Proglio particulièrement remonté à l’occasion de son audition à l’Assemblée nationale sur le prix de revente de l’électricité nucléaire d’EDF.

EDF, chef de file du nucléaire national

Il faut dire que le sujet est sensible pour cet homme de réseau d’ordinaire discret, aussi proche de Nicolas Sarkozy que de son camarade de promo Dominique Strauss-Kahn. Depuis sa nomination l’an dernier, Henri Proglio n’a qu’une seule et unique obsession : faire de l’électricien public le chef de file de la filière nucléaire française.

Et tant pis pour les autres acteurs nationaux (Areva et GDF Suez en tête), réduits au rôle de simples sous-traitants lors des appels d’offre internationaux pilotés par EDF avec la bénédiction du gouvernement.

Rationalisation d’une offre unifiée française et patriotisme économique ? Ou vision anachronique et centralisée ? Défenseurs et adversaires de l’électricien public s’écharpent sur le sujet depuis des mois…

L’enjeu est de taille ! Après des années de stagnation, le nucléaire a retrouvé de l’attractivité à l’échelle internationale, et les méga-contrats poussent comme des champignons (nucléaires ?)… Pendant ce temps, la France a pris du retard dans cette compétition internationale féroce, minée par les querelles de clochers…

L’épineuse question du prix de revente du nucléaire

Si EDF a obtenu gain de cause à l’échelon international, Henri Proglio sait que la situation est plus difficile au niveau national. D’où sa grosse colère devant les députés à l’heure des négociations sur le prix de revente de l’électricité nucléaire.

La loi Nome de libéralisation des marchés de l’électricité, votée en 2010 par les députés français, prévoit en effet qu’EDF cède une part de sa production nucléaire à ses concurrents privés à un prix fixé par le législateur, afin de favoriser une diversification des offres électriques.

La réaction du patron d’EDF est plus que cinglante : « Je ne vois pas pourquoi la France serait la plus abrutie des nations du monde où on ferait cadeau du patrimoine national à des concurrents. Il n’est pas de ma responsabilité, de ma feuille de route, de faire travailler 170.000 personnes pour faire des cadeaux à des concurrents. Il n’est pas de ma responsabilité d’ouvrir le bilan au pillage, je ne l’accepterai pas ».

Une colère mise en scène ? Un coup de sang qui arrive quoi qu’il en soit un peu tard… La bataille de l’ouverture des marchés et de la mise en concurrence d’EDF est d’ores et déjà perdue pour l’électricien public, et la revente à prix coutant d’une partie de sa production est actée.

La sortie d’Henri Proglio vise en réalité surtout à faire monter les enchères à l’heure des négociations avec les pouvoirs publics.

42 ou 35 euros le mégawattheure… Tel est le vrai enjeu des luttes d’influence qui agitent actuellement le secteur énergétique. Les acteurs privés plaident évidemment pour un prix de revente revu à la baisse… pendant qu’EDF dénonce le  « pillage » des investissements publics.

Programmée ou non, la colère d’Henri Proglio cache un vrai malaise du côté de l’électricien public qui a la sensation que les pouvoirs publics lui demandent d’héberger des concurrents « squatteurs », bénéficiant de la production sans se mouiller dans les investissements à long terme.

Le gouvernement a jusqu’au 1er juillet pour trancher la querelle des prix de revente. Une chose est sûre dans cette affaire… Les consommateurs, qui devaient être les grands bénéficiaires de cette libéralisation, ne sont pas prêts de voir leurs factures baisser.

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Mediator, hypocrisie et société de la « précaution »

Hypocrisie ? La France découvre à l’aune du scandale du Mediator que les médicaments ne sont pas des bonbons et qu’ingérer des substances actives peut guérir… mais aussi tuer.

Le Mediator est devenu en quelques semaines l’ennemi public numéro un. « Le médicament qui tue » fait la une de tous les journaux et par un ricochet un peu facile le groupe Servier s’est vu pousser des cornes et on fait semblant de découvrir les mœurs interlopes de l’industrie pharmaceutique et du monde politique.

Loin de moi l’idée de défendre ces marchands de pilule qui nous poussent depuis des décennies à consommer plus (de médocs) pour engraisser plus (leurs actionnaires) ! Mais la chasse aux sorcières de ces dernières semaines contre Servier et Mediator a malgré tout quelque chose de dérangeant et de fondamentalement hypocrite.

En pointant du doigt un médicament, un labo, un secteur,… on s’exonère surtout de nos responsabilités et les médias passent sous silence le vrai enjeu de cette problématique : notre rapport à la santé, aux médicaments et plus généralement à la question du risque.

Depuis la nuit des temps, les Hommes savent que les meilleurs médicaments sont aussi des poisons, et que la différence entre les deux réside toujours dans le dosage. Certaines découvertes médicales se sont révélées révolutionnaires, d’autres inutiles voire nocives…

Même les thérapies efficaces se révèlent parfois dangereuses et difficiles à supporter pour le corps humain. Combien de patients du cancer ne sont pas morts de leur maladie, mais des effets secondaires de leur chimio ?

« Cachez ce sein que je ne saurais voir ! » Notre société puritaine et aseptisée ne supporte plus les dangers inhérents à la vie et a fortiori à la médecine. A l’heure où le principe de précaution a été inscrit dans la Constitution, nous ne tolérons plus les risques incontrôlés.

La faute sans doute aux récents scandales de santé publique : vache folle, sang contaminé, hormones de croissance,…Autant de sujets qui ont fait les choux gras de la presse et durablement tétanisé la classe politique.

Le Mediator, médicament anti-diabétique contesté devenu à force de prescriptions injustifiées un vulgaire placebo pour bourgeoises en surpoids, n’est que le dernier bouc-émissaire que nous nous sommes choisis pour ne pas avoir à remettre en cause notre mode de « consommation » de médicaments.

Plus que sur sa dangerosité et sa mortalité, la lumière doit évidemment être faite sur les lenteurs du retrait du Mediator… Mais ne jetons pas le bébé avec l’eau du bain. Le risque zéro est un mythe de journalistes qui  n’existe pas en matière de santé.

Tous les médicaments ont des effets secondaires et sont dangereux mal prescrits. L’aspirine tue des milliers de personnes tous les ans !

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Américains et Russes parlent dénucléarisation mais évitent les sujets qui fachent

Le président américain Barack Obama et son homologue russe Dimitri Medvedev ont lancé les pourparlers pour l’extension de leur accord de dénucléarisation Start, mais veulent éviter à tout prix de parler des sujets qui fachent, en premier lieu de la question iranienne.

Si les Russes se sont officiellement rangés aux côtés des Américains, Européens et Israéliens pour dénoncer le programme nucléaire iranien, ils ne partagent pas du tout l’empressement des occidentaux à sanctionner la république islamique.

A tel point que Russes et Iraniens discutent actuellement de la vente d’un système russe de défense anti-missile (les fameux S-300 qui auraient disparu en pleine mer). Un sujet qui fache beaucoup du côté de Washington mais dont on évite de parler à l’heure où Barack Obama expose sa doctrine nucléaire assouplie. Il faut en effet afficher un simulacre de détente russo-américaine.

L’objectif pour Obama et l’administration américaine est de péreniser les accords existants et de démontrer qu’une gestion plus souple et limitée des stocks d’ogives nucléaires est possible. Pour ça il faut faire preuve d’unité avec les Russes, deuxième possesseur mondial de ces armes de destruction massive.

Et tant pis s’il faut passer sous silence les divergences de stratégie sur un des dossiers nucléaires les plus brulants. Tant pis si les services secrets américains et israéliens s’offusquent des négociations en cours qui offriront à l’Iran un système de protection anti-missile pour … ses infrastructures nucléaires!

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Qu’est allé faire Nicolas Sarkozy en Arabie Saoudite?

Nicolas Sarkozy est parti la semaine dernière pour un discret voyage de 24 heures en Arabie Saoudite. Au programme, la question israélo-palestinienne et de juteux contrats pour les grands groupes français.

Les droits de l’homme dans l’Emirat? Il n’en a point été question.

 

Pendant que François Fillon essuie la fronde des maires de France opposés à la fin de la taxe professionnelle, Nicolas Sarkozy entame ce mardi après-midi une visite officielle en Arabie Saoudite. Un déplacement opportun, que le chef de l’Etat effectuera en comité très réduit. Il doit être reçu, pour ce séjour privé, dans le ranch personnel du roi Abdallah d’Arabie saoudite, à environ 70 km de Riyad, la capitale.

L’objectif, pour le monarque, «dompter» ce «cheval fougueux» qu’est le président français, et dont le premier déplacement dans le royaume wahhabite en janvier 2008 l’avait laissé sur sa faim, car effectué à un rythme d’enfer. Cette fois, pas de ministres, ni de Carla Bruni-Sarkozy, et peu de journalistes, croit savoir «Le Figaro».

En langage diplomatique, on explique dans l’entourage royal qu’il s’agit de «renforcer les liens» et «élargir le spectre des relations». Du côté de l’Élysée, on n’est guère plus prolixe. Un terne communiqué évoque des «grands dossiers régionaux et des enjeux globaux» (le nucléaire iranien? l’Afghanistan? Le processus de paix israélo-palestinien?).

Selon le quotidien israélien Haaretz, le président français – en contact ces derniers jours avec plusieurs acteurs régionaux comme Benjamin Netanyahu, Bachar al-Assad et Mahmoud Abbas – aurait ressorti des cartons sa proposition d’une conférence internationale de paix à Paris, jusque-là restée lettre morte.

Contrats à signer

Nicolas Sarkozy compte aussi profiter de son séjour pour parler argent. Début 2008, il avait évoqué de «gros contrats à venir» pour un montant potentiel d’une «quarantaine de milliards d’euros». Mais jusque-là, aucun ne s’est concrétisé.

En haut de la liste du chef de l’État, un accord de coopération sur le nucléaire civil qui offrirait au royaume saoudien, qui a déjà signé un texte équivalent avec les Américains, la technologie française de l’EPR. La France espère également placer des frégates et des hélicoptères militaires, et décrocher la construction d’un TGV entre La Mecque et Medine.

En revanche, il est encore une fois peu probable qu’on parle des droits de l’Homme dans le royaume saoudien. En 2008, Nicolas Sarkozy avait cru bon de saluer «la politique de civilisation» entreprise par le roi Abdallah.

Un récent rapport de Human Rights Watch pointe pourtant les discriminations à l’encontre des citoyens chiites du royaume, alors qu’un autre décrit une justice parfois expéditive pour les personnes accusées de terrorisme.

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