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Vers un nouvel âge d’or de l’industrie nucléaire français ?

Et si la catastrophe de Fukushima était une bonne nouvelle pour l’industrie nucléaire française ? Le relèvement prévisible des normes et une sensibilisation accrue aux enjeux de sûreté va rendre beaucoup plus attractif l’EPR, ce réacteur nouvelle génération dont l’avenir commercial semblait justement compromis face à la concurrence de réacteurs moins évolués.

« Trop chères, trop sûres vos centrales« , les représentants d’EDF ou d’Areva n’entendront plus de si tôt leurs interlocuteurs ironiser sur l’obsession française pour la sécurité. L’accident de Fukushima est passé par là et il faudra de sérieuses garanties pour faire revenir vers l’atome des opinions publiques échaudées par la crise nippone.

Si une récession mondiale s’annonce sans doute sur le court-terme pour l’industrie nucléaire, n’ayons pas la naïveté de penser que la fin du nucléaire est proche. Si journalistes et politiques font semblant de croire à un possible abandon de l’atome, les pays (notamment en voie de développement) se remettront à construire des centrales une fois la fièvre médiatique retombée.

Lorsque les feux de l’actualité seront braqués sur un autre désastre ou une nouvelle guerre, le soufflet nucléaire retombera. L’économie mondiale est trop gloutonne en énergie pour se mettre à la diète si subitement.

Face à la raréfaction des ressources pétrolières et l’absence de solutions viables de remplacement (les énergies renouvelables sont encore pour longtemps condamnées à demeurer des énergies d’appoint), il n’existe pas d’alternative au nucléaire… à moins d’une remise en question de notre mode de fonctionnement sociétal qui ne semble pas vraiment à l’ordre du jour.

Dans quelques semaines donc, les acteurs du nucléaire reprendront comme si de rien n’était leur partie de poker géant pour se disputer des contrats à plusieurs milliards d’euros… Sauf qu’entre-temps les industriels français se sont découverts un carré d’as dans leur main !

Henri Proglio, le chef de file officieux de la filière française est d’ailleurs monté au créneau cette semaine pour mettre en avant « l’expertise nucléaire » de son groupe… et proposer au passage d’envoyer du matériel d’intervention à des Japonais qui ne seraient pas à la pointe de la technologie de sûreté nucléaire !

L’Autorité de Sûreté Nucléaire a également fait entendre sa voix en assurant que l’EPR aurait « mieux résisté » à la double catastrophe nucléaire qui a frappé Fukushima.

Alors que l’on moquait jusqu’à récemment l’EPR, qualifié par ses détracteurs de nouveau Concorde ou Rafale (bijoux de la technologie française totalement inadaptés à la demande commerciale), le label « sécurité » made in France est devenu un atout majeur face à la concurrence.

Jusqu’à la catastrophe de Fukushima, l’évolution technologique de l’EPR était totalement à rebourd d’un marhé du nucléaire favorisant de plus en plus une offre « low-cost ». La Corée du Sud et la Chine s’étaient d’ailleurs massivement positionnés sur ce segment au nez et à la barbe d’ndustriels français de plus en plus résignés.

La catastropphe japonaise a sans doute définitivement (ou en tout cas pour longtemps) mis un terme la tentation de faire des économies de bout de chandelle sur le nucléaire. Le souvenir de Tchernobyl, qui s’était effacé au fil des ans, nous est subitement revenu en mémoire et les pro-nucléaires ne peuvent plus banaliser le nucléaire. La fission de l’atome n’est pas un geste anodin et le monde vient de se le voir rappeler de la manière la plus brutale qui soit.

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Henri Proglio : le cerbère du nucléaire français montre les crocs

Entendu par les députés mercredi, le patron d’EDF a piqué une colère pas très protocolaire. D’ordinaire placide, Henri Proglio a défendu bec et ongle « le patrimoine national » d’EDF face au « pillage » annoncé de la concurrence privée.

Henri Proglio n’a certes pas la réputation d’être un tendre, mais le « buldozzer » comme le surnomment ses adversaires, évite d’ordinaire de se répandre publiquement pour défendre sa conception de la politique énergétique.

« Je ne suis pas là pour brader le patrimoine national, je ne suis pas là pour accepter le pillage du patrimoine national », a lâché en guise d’introduction un Henri Proglio particulièrement remonté à l’occasion de son audition à l’Assemblée nationale sur le prix de revente de l’électricité nucléaire d’EDF.

EDF, chef de file du nucléaire national

Il faut dire que le sujet est sensible pour cet homme de réseau d’ordinaire discret, aussi proche de Nicolas Sarkozy que de son camarade de promo Dominique Strauss-Kahn. Depuis sa nomination l’an dernier, Henri Proglio n’a qu’une seule et unique obsession : faire de l’électricien public le chef de file de la filière nucléaire française.

Et tant pis pour les autres acteurs nationaux (Areva et GDF Suez en tête), réduits au rôle de simples sous-traitants lors des appels d’offre internationaux pilotés par EDF avec la bénédiction du gouvernement.

Rationalisation d’une offre unifiée française et patriotisme économique ? Ou vision anachronique et centralisée ? Défenseurs et adversaires de l’électricien public s’écharpent sur le sujet depuis des mois…

L’enjeu est de taille ! Après des années de stagnation, le nucléaire a retrouvé de l’attractivité à l’échelle internationale, et les méga-contrats poussent comme des champignons (nucléaires ?)… Pendant ce temps, la France a pris du retard dans cette compétition internationale féroce, minée par les querelles de clochers…

L’épineuse question du prix de revente du nucléaire

Si EDF a obtenu gain de cause à l’échelon international, Henri Proglio sait que la situation est plus difficile au niveau national. D’où sa grosse colère devant les députés à l’heure des négociations sur le prix de revente de l’électricité nucléaire.

La loi Nome de libéralisation des marchés de l’électricité, votée en 2010 par les députés français, prévoit en effet qu’EDF cède une part de sa production nucléaire à ses concurrents privés à un prix fixé par le législateur, afin de favoriser une diversification des offres électriques.

La réaction du patron d’EDF est plus que cinglante : « Je ne vois pas pourquoi la France serait la plus abrutie des nations du monde où on ferait cadeau du patrimoine national à des concurrents. Il n’est pas de ma responsabilité, de ma feuille de route, de faire travailler 170.000 personnes pour faire des cadeaux à des concurrents. Il n’est pas de ma responsabilité d’ouvrir le bilan au pillage, je ne l’accepterai pas ».

Une colère mise en scène ? Un coup de sang qui arrive quoi qu’il en soit un peu tard… La bataille de l’ouverture des marchés et de la mise en concurrence d’EDF est d’ores et déjà perdue pour l’électricien public, et la revente à prix coutant d’une partie de sa production est actée.

La sortie d’Henri Proglio vise en réalité surtout à faire monter les enchères à l’heure des négociations avec les pouvoirs publics.

42 ou 35 euros le mégawattheure… Tel est le vrai enjeu des luttes d’influence qui agitent actuellement le secteur énergétique. Les acteurs privés plaident évidemment pour un prix de revente revu à la baisse… pendant qu’EDF dénonce le  « pillage » des investissements publics.

Programmée ou non, la colère d’Henri Proglio cache un vrai malaise du côté de l’électricien public qui a la sensation que les pouvoirs publics lui demandent d’héberger des concurrents « squatteurs », bénéficiant de la production sans se mouiller dans les investissements à long terme.

Le gouvernement a jusqu’au 1er juillet pour trancher la querelle des prix de revente. Une chose est sûre dans cette affaire… Les consommateurs, qui devaient être les grands bénéficiaires de cette libéralisation, ne sont pas prêts de voir leurs factures baisser.

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Américains et Russes parlent dénucléarisation mais évitent les sujets qui fachent

Le président américain Barack Obama et son homologue russe Dimitri Medvedev ont lancé les pourparlers pour l’extension de leur accord de dénucléarisation Start, mais veulent éviter à tout prix de parler des sujets qui fachent, en premier lieu de la question iranienne.

Si les Russes se sont officiellement rangés aux côtés des Américains, Européens et Israéliens pour dénoncer le programme nucléaire iranien, ils ne partagent pas du tout l’empressement des occidentaux à sanctionner la république islamique.

A tel point que Russes et Iraniens discutent actuellement de la vente d’un système russe de défense anti-missile (les fameux S-300 qui auraient disparu en pleine mer). Un sujet qui fache beaucoup du côté de Washington mais dont on évite de parler à l’heure où Barack Obama expose sa doctrine nucléaire assouplie. Il faut en effet afficher un simulacre de détente russo-américaine.

L’objectif pour Obama et l’administration américaine est de péreniser les accords existants et de démontrer qu’une gestion plus souple et limitée des stocks d’ogives nucléaires est possible. Pour ça il faut faire preuve d’unité avec les Russes, deuxième possesseur mondial de ces armes de destruction massive.

Et tant pis s’il faut passer sous silence les divergences de stratégie sur un des dossiers nucléaires les plus brulants. Tant pis si les services secrets américains et israéliens s’offusquent des négociations en cours qui offriront à l’Iran un système de protection anti-missile pour … ses infrastructures nucléaires!

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Obama prisonnier de sa dette chinoise

« Business as usual ». Les Américains sont très forts pour faire leur cette maxime détestable mais ô combien pratiquée en ces temps de libéralisme effrené.

La visite d’Obama en Asie et son incapacité à faire avancer les chinois sur divers dossiers, notamment le dossier nucléaire nord-coréen, ont démontré la nouvelle donne stratégique en Asie: les Etats-Unis sont affaiblis.

Les dettes de Wall Street aux mains du PC chinois

Notre prix Nobel de la Paix aurait bien aimé s’affranchir de son devoir de réalisme lors de son passage en Chine et prêcher ses bons préceptes universalistes, mais les faits sont tétus.

Les Etats-Unis ont les pieds et poings liés par la dette publique. Et leur principal bailleur n’est autre que l’empire du milieu. Ironique n’est-ce pas de savoir que le système capitaliste mondial et tous ses excès est financé par la gérontocratie crypto-marxiste de Beijing.

Mais au-delà du clin d’oeil, Obama et les Etats-Unis en général, toute superpuissance qu’ils sont sont bien embarrassés quand il s’agit de faire des leçons de morale à la Chine en matière de démocratie ou de droits de l’homme.

Impuissance américaine face aux provocations nord-coréennes

Encore que… les américains savent s’accomoder avec les principes quand leurs intérêts sont en jeu! Non, la question la plus problématique pour Obama c’est que la Chine est un acteur incontournable de la crise nord-coréenne, à la fois élément modérateur et perturbateur selon ses intérêts stratégiques.

Le gouvernement chinois se sert depuis des années (en réalité depuis que le régime pourri de Pyongyang a beosin des subsides chinois pour nourrir sa population.

Le petit jeu du chat et de la souris nucléaire auquel se livre la Corée du Nord est en permanence alimenté et dirigé en sous-main par des chinois satisfaits d’asseoir leur domination régionale.

De la difficulté de négocier avec ses créanciers…

Et la dette dans tout ça? Ben, il est difficile de faire pression sur un gouvernement d’un pays qui détient plus de 30% de votre dette extérieure et auquel vous versez chaque année 50 milliards de dollars d’intérêts.

Obama est donc partie faire de la figuration à Pékin (chose qu’il fait très bien d’ailleurs).

L’expression de Mao est plus vraie que jamais : les Etats-Unis sont un tigre de papier en Asie et ne font plus peur à personne…

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Pourquoi la Chine ne renoncera jamais au Xinjiang

La région autonome du Xinjiang est en feu depuis plusieurs jours, la population à majorité musulmane se révoltant contre l’oppréssante tutelle chinoise.

Les occidentaux ont beau jeu de verser des larmes de crocodile, ils savent pertinement que le gouvernement chinois restera inflexible quand bien même faudrait-il massacrer tous les habitants de la province.

En dehors des légitimes motivations relatives à l’integrité nationale (ce ne sont ni les Russes, ni les Espagnols, ni même les Francais qui pourront leur faire la lecon), la région du Xinjiang est hautement stratégique pour la Chine sur trois points essentiels qu’il faut bien comprendre pour saisir la situation: les richesses minières du Xinjiang, sa position géo-stratégique, et enfin des installations nucléaires ultra-secrètes.

 

Les ressources minières

Le Xinjiang est devenue l’an dernier la seconde région productrice de pétrole du pays, avec 27,4 millions de tonnes de brut par an, soit un million de tonnes de plus qu’en 2007. Elle assure près de 14% de la production domestique nationale.

Sinopec, premier raffineur d’Asie, compte doubler sa production en passant de 5,36 millions de tonnes en 2007 à 10 millions de tonnes, en 2010.

Le Xinjiang fournit également un tiers de la production nationale en gaz naturel, avec 24,1 milliards de mètres cube par an. PetroChina, numéro un chinois de l’énergie, entend doubler ce chiffre d’ici à 2020, pour notamment l’acheminer jusqu’à Shanghai grâce au premier gazoduc traversant le pays, construit en 2005.

Première productrice de charbon de la République de Chine, le Xinjiang concentre 40% des réserves nationales.

En février 2008, des géologues ont trouvé le plus grand gisement d’uranium du pays (10.000 tonnes), dans le bassin de Yili. «Une ressource majeure étant donné les besoins énergétiques de la Chine», explique Thierry Kellner, chercheur associé au Centre d’études de Chine contemporaine de Bruxelles.

Jusqu’aux années 90, ces ressources étaient encore peu exploitées, à cause de l’éloignement de la région et du manque d’infrastructures. «Le Xinjiang est en quelque sorte l’équivalent du far west américain, comme une succursale de développement économique de la Chine», résume Pierre Picquart, docteur en géopolitique et spécialiste de la Chine. «Après avoir développé les zones côtières, Pékin veut développer les zones reculées, ce qui est un pari politique», ajoute l’expert.

Le régime chinois en a par ailleurs fait une région très riche en énergies renouvelables : un cinquième de l’éolien est produit dans les parcs de Dabancheng.

Le Xinjiang recèle également pas moins de 138 sortes de minerais, selon les chiffres officiels. On y trouve ainsi cuivre, plomb, zinc, mais aussi de nombreux métaux précieux (or, argent).

 

Une zone géographiquement stratégique

Frontalière de l’Afghanistan et des ex-républiques musulmanes de l’ex-URSS – le Kazakhstan, le Tadjikistan, et le Kirghizstan -, le Xinjiang se trouve au carrefour des routes des hydrocarbures.

Avec la construction de l’oléoduc sino-kazakh qui relie Atasu (centre du Kazakhstan), à Alashankou (à l’ouest de la Chine), en 2007, Pékin a réussi à renforcer son indépendance énergétique vis-à-vis du pétrole moyen-oriental. Et une fois la construction du dernier tronçon achevée, les Chinois seront assurés d’un accès stratégique à la mer Caspienne.

Autre très grand projet : le gazoduc, reliant le Xinjiang aux champs gaziers turkmènes, au Kazakhstan et peut-être même à l’Ouzbékistan, qui devrait être opérationnel d’ici à 2010. Du fait de cette position stratégique, le Xinjiang est devenu une grande zone de raffinage d’industrie pétrochimique.

Mais l’ancien Turkestan oriental sert également à la Chine sur le plan géostratégique. «Historiquement, le Xinjiang a plutôt été une zone tampon, notamment au moment du schisme sino-soviétique. Mais aujourd’hui, ce rôle s’est inversé de manière à devenir un pont, pour permettre à Pékin de projeter son influence économique et politique vers les régions adjacentes, en Asie du Sud, en Asie du Sud-Est et au-delà vers le Moyen-Orient, et rattraper la Russie en influence», ajoute Thierry Kellner.

«Grâce au Xinjiang, la Chine vise à terme à établir une liaison avec l’Iran, dont elle est le principal partenaire commercial (en 2008, elle a représenté 14.3% des exportations vers l’Iran et ses importations en provenance de la République islamique ont atteint 14.4%)», explique le spécialiste.

 

Un complexe nucléaire ultra-secret

Enfin, la zone abrite le site d’essais nucléaires de Lop-Nor, le plus grand au monde (100.000 km2). C’est là qu’une quarantaine d’essais atomiques ont eu lieu de 1964 jusqu’au moratoire de 1996. Le régime y réalise toujours des essais balistiques, voire bactériologiques, selon certains experts.

Le Xinjiang dispose enfin d’une sorte de ville secrète, Malan, qui abrite un institut de recherche en physique nucléaire et qui aurait été utilisé comme une base nucléaire cachée.

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